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Moonlight Sonata

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The snake is behind me

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The snake is behind me
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MessageSujet: Moonlight Sonata   Dim 28 Déc - 11:46


9 Septembre 1943


La plume grattait le papier jauni sans discontinuation. Monceaux de mots disloqués, une concentration qui s'étiole et se meure fébrilement dans l'encre noire. Il avait reconnu ce parfum si particulier ; celui qui chamboulait ses sens et embaumait son palpitant d'une quiétude inusitée. Placid n'ignorait pas que l'élue de ses pensées venait de prendre place au sein de la bibliothèque ; sans même lever son regard tanné au charbon, il eut su que Sonata venait de pénétrer l'antre du savoir. Et aussitôt son cœur molesta sa poitrine, rendant à son bourreau les coups fatals qu'il lui eut infligé autrefois lorsque, préférant se sacrifier afin de sauver sa bien-aimée, il la délesta de leurs souvenirs radieux. Condamné qu'il était à l'admirer de loin et étreindre en silence ses chagrins amoureux. S'imaginer qu'elle put trouver un autre prétendant qui sut la rendre heureuse, la voir sourire à ses côtés, se lover dans ses bras, clamer les mots transcendés qu'elle eut pour Placid autrefois. Ce dernier soupira. Jugulant sa peine et ses esprits, ses dents carnassières lacérant de pleine fougue la chair intérieure de ses joues. Souffrir encore et ne plus rien penser. Endiguer les battements d'un cœur éveillé, celui-là même qu'il mit tant de temps à mater et qui n'existait que pour ses fonctions primaires. Sans ressentis ni conscience sentimentale, son palpitant n'était que pompe aortique. Muscle vital contribuant à sa désincarnation : à force de se dépouiller de son humanité, Placid n'était plus que l'ombre d'une ombre. A des kilomètres de son âme humaine mais bien engoncé dans cette enveloppe charnelle. La plume s'était stoppée depuis de longues secondes déjà, au détriment de l'aîné des Yaxley ayant préféré une écriture d'automate : prétendre être occupé pour qu'elle ne se doute de rien. Mais le silence du papier le sortit de sa léthargie profonde et, d'une seule oeillade usant de sa discrétion légendaire, Placid toisa aux alentours – jusque par-dessus son épaule – comme pour trouver une issue. Puisque la fugue mentale fut bien peu aisée, alors le corps pouvait tout à loisir prétendre à la fuite. Du moins le pensait-il. Car en cette période de rentrée, nombre d'élèves s'efforçaient déjà à rattraper le savoir perdu dans l'oisiveté des vacances estivales.

Quand soudain transi par un ersatz de folie (eut-il fallu être insensé pour se laisser aller à la contemplation d'une beauté qui n'était plus sienne depuis longtemps) Placid leva instinctivement son regard sur ce visage d'opaline penché sur ses manuscrits. Et d'un miracle qui ne sut trouver la source qu'au puits de son cœur amoureux (mais pourtant bien maté. Diable qu'un myocarde est irrévérencieux et insoumis ! Passible de dissection, à la barbare), le brun ténébreux esquissa en coin de lippe un sourire entiché. Ah, comme sa bouche se tordait si souvent  d'augustes expressions mais jamais de celle-là, si encline à le rendre beau dans son humanité recouvrée. Puis il la dévisagea malgré lui : ce teint de porcelaine, ce nez fin sur lequel il aimait y apposer le sien pour de doux réveils, et ces lèvres purpurines. Si douces et si sucrées, auprès desquelles il but à la coupe maintes fois par des baisers chastes, mordants ou passionnés. Comme il souhaitait y goûter encore et... non. Son palpitant aigri vint se tasser tout contre son buste, ronronnant fielleusement son rappel à l'ordre : il lui fallait demeurer de marbre. Autant extérieurement que de l'intérieur. Tapisser tout son être de roc et de glace puisque là était son essence. Puisque Placid, en dépit de son idylle amoureuse, n'était pas un jeune homme enclin à rentrer dans la norme sociétale : il savait torturer de sang froid, ne ressentir que très peu d'empathie, manipuler à sa guise et s'offrir le beau rôle. Les traits les plus nobles d'un psychopathe.

Il accrocha soudain son regard, s'y noya un instant puis détourna ses sombres pupilles. Coupable qu'il était d'être ainsi pris en flagrant délit de contemplation, tel un prosélyte converti à sa beauté. De toute sa prestance et son charme brut, Placid cependant ne laissa apparaître aucun trouble, sinon des gestes saccadés fermant livres poussiéreux et roulant les parchemins avec vivacité. Dans sa précipitation, l'aîné des Yaxley renversa son encrier et retint un grognement d'insatisfaction. « Dégage. Je ne veux pas de toi à ma table. » siffla-t-il promptement comme il la devina prendre place face à lui, ne levant jamais la tête. Sa voix froide se faisait miroir d'un cœur battant et passionné, alors même qu'il ne braqua pas son regard fauve sur la jeune fille. Et sa langue d'apparence râpeuse se montrant pourtant douce et tendre : car si Placid eut voulu en premier lieu persiffler un « je ne veux pas de sang-de-bourbe à ma table », il s'était ravisé aussitôt. Avant même que les palabres fielleuses ne naissent dans l'étau de sa gorge, ne parvenant pas à la faire fuir par de si ignobles injures. Même dans les efforts déployés à la repousser violemment, Placid ne parvenait pas à montrer toute la laideur de son âme à son élue secrète.

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de profundis clamavi
« J'implore ta pitié, toi, l'unique que j'aime. Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé. C'est un univers morne à l'horizon plombé, où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème. Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse la froide cruauté de ce soleil de glace, et cette immense nuit semblable au vieux Chaos. »
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